A passer des milliers d’heures dans un labo photo, à l’époque de l’argentique, à faire mes tirages, j’ai acquis, aussi bien que je peux encore faire couler l’eau du robinet à 20° précisément, le pouvoir de déterminer les nuances des densités lumineuses en noir et blanc, ce qui veux dire les gris. Et là m’est apparu, en peinture, qu’il importait plus que le détail, la justesse des valeurs. Et quand d’un trait approximatif, il ressortait les volumes adjacents, les « non dits », je jubilais. Vous savez, ces lettres des enseignes où l’on ne dessine que les ombres pour ressortir le texte.
Mieux vaut l’imprécision de l’exactitude que l’erreur en détail. J’aime cet instant où, en s’approchant d’une toile, on ne voit rien. Alors je regarderais le ballet des visiteurs avançant et reculant pour choisir leur meilleur regard. J’aurais pu donner en directive comme noms à mes toiles, quatre-vingt centimètres ou un mètre cinquante, plutôt qu’Elise ou Au moulin de crève cœur, mais je ne sais pas pourquoi, je trouvais cela moins explicite, quoi que... Au moulin de crève cœur, un passage rapide à la brosse, est le lieux de cet endroit. Contre censure , que j’appelais un jour La censure pour les fachos est née de la rencontre d’une idée et de la venue de la belle Marie à cet instant.
Piotr Slonimski, le généticien fumeur de pipe, cette toile est venue quelques jours après sa mort. Un peu noire. Course, c’est le grain de la toile qui lui a donné sa facture. Cascade, c’est un homme nu, nombre de gens ne voit pas ce qu’elle représente, d’aussi loin qu’il la regarde. J’aurais pu l’appeler infini.